Virée en Argonne

Poursuite du périple exploratoire autour du champ de bataille de Verdun…

En milieu de semaine les prévisions météo étaient bonnes pour toute la journée du 12 octobre 2019. Mais progressivement elles se sont dégradées au fur et à mesure que la date approchait. Finalement elles annonçaient de la pluie à partir de 14h sur la région du verdunois.
Conséquence, il fallait partir tôt. Pas envie de rouler de nuit non plus, alors vers 7h40 je me mettais en route avec le soleil levant…

En route !

Départ

Comme souvent, je n’ai pas envie de prendre l’autoroute A4. Donc ce sera la N4 pour un bon moment. Même si je perds du temps. Pas mal de monde sur la route quand même malgré l’heure encore matinale. Des camions, beaucoup, surtout dans l’autre sens. Tant mieux !
Les couleurs d’automne sont là. Et les premiers rayons de soleil dans un joli ciel clairs agrémentent le paysage…

Rapidement je me rends compte que la caméra débloque (ou la télécommande, je ne sais toujours pas …) 😡
J’aurais plus de 3000 photos en un peu plus d’1h de trajet. Joie du triage massif…
Bref on arrête tout et on redémarre tout proprement : caméra et moto …
On extrait une photo de l’endroit de l’arrêt pour comparaison avec une autre, faite au même endroit 2 mois plus tôt !


Peu à peu le soleil monte. Il monte certes, mais la température restera compatible avec les poignées chauffantes allumées pendant un bon moment encore !

Pause

Après 2h de route et plus de 160 km parcourus, je quitte enfin la N4 à Vitry-le-François et 4km après c’est la pause à Vitry-en-Perthois. Dégourdissage de pattes, café…
La balade va pouvoir commencer ! Mais pas par un souvenir de Verdun…

Aaaahhhhh

Ermitage de Saint-Rouin

Au cours de la préparation des sites à visiter, j’ai découvert par hasard cet endroit. Rien à voir avec les événements militaires historiques que je suis venu voir ou visiter. 
L’ermitage fondé par Saint-Rouin (probablement d’origine irlandaise – Roding) à la fin de sa vie au VIIe siècle est situé en pleine forêt (mais tout proche de la route…).

Il est cependant plus connu pour sa chapelle datant de 1956. L’architecte est le Père Louis Bertrand Rayssiguier, dominicain, discipline de Le Corbusier, et collaborateur de Matisse à la chapelle de Vence.
Dire que cette chapelle de béton détonne dans cette forêt est peu de le dire !
Oui, c’est original et/ou décalé mais pour moi c’est simplement très moche. Et déplacé en ce lieu sylvestre. Mais bon, les coups et les douleurs… 

Un peu plus loin et légèrement en hauteur se trouve un retable datant du XVIIIe siècle.


La place est totalement calme et paisible. J’ai croisé 2 cueilleurs de champignons en repartant…

Ermitage de Saint-Rouin : en solitaire !


Le temps s’est progressivement couvert pendant la visite. En repartant j’essuierai quelques rares gouttes de pluie.

La butte de Vauquois

Premier site en rapport avec le thème de ce périple, la Butte de Vauquois, symbole d’un épisode plutôt méconnu de ce premier conflit mondial : la guerre des mines. Incroyable, sordide, terrifiant…
Le site est restauré, entretenu par l’Association des Amis de Vauquois et de sa Région.
Avant, c’était ça…

Butte du Vauquois avant le conflit

Pour faire simple : le relief de la région étant montagneux, le principe est de creuser discrètement des galeries souterraines jusque sous les lignes ennemies et de faire sauter un gros paquet d’explosifs (une mine) afin de détruire tout ce qui se trouve au-dessus…
Sauf que l’ennemi le sait et fait la même chose en essayant de passer sous la galerie que vous creusez, pour la faire sauter aussi… Dingue !!!
Plusieurs sites du front ont vu se développer un tel type d’affrontement. Mais la Butte de Vauquois est le plus emblématique d’entre eux.
A cet endroit, les lignes ennemies étaient séparées par quelques dizaines de mètres seulement. 
La plus grosse mine a été déclenchée par les allemands en mai 1916 : 60 tonnes d’explosifs, plus de 100 morts côté français.
Sans compter les pilonnages d’artillerie, y compris avec les mortiers de tranchées, et les assauts…
Les chiffres des victimes sont ici aussi effarants : Près de 15000 morts pour lopin de terrain. 519 explosions de mines jusqu’en 1918. Fou…

Je suis arrivé sous une grisaille plus que menaçante. L’itinéraire à suivre est indiqué. Sur le sommet de la butte, enfin ce qu’il en reste, les cratères (entonnoirs) sont incroyables. Celui de mai 1916 a éventré le relief de manière impressionnante…


La reconstitution d’un fragment de tranchées allemande montre la différence d’organisation entre les belligérants. Rustique et sommaire côté français, bétonnée et en dur du côté germanique… Et le réseau de galeries souterraines était incroyablement développé chez les allemands avec de véritables espaces de « vie », hôpital, etc…

Un monument aux morts est érigé sur le versant (sud) français.

Plusieurs panonceaux donnent également des indications au visiteur…

Des explications sont également données sur l’emploi de l’artillerie de tranchée.

Des galeries sont accessibles et visitables en présence de guides du site. Comme je n’avais rien prévu, je ne m’y suis pas aventuré. Pour peu que l’intérieur soit glissant vu les conditions climatiques… Car la pluie s’est mise à tomber. Légère au début de la visite puis franchement drue pour tourner finalement à la grosse rincée.


Je termine la visite sous des trombes d’eau… Il me suffira de patienter 15 minutes (merci l’application fiable de Météo France pour les prévisions à court terme des précipitations) pour partir au au sec. Contrairement à deux couples de motards qui ont repris la route sans attendre et sous des hallebardes …
La visite de ce site est impressionnante et instructive.
On peut trouver aisément sur le net des informations diverses. Voici deux liens :
– Sur le site de l’Association des Amis de Vauquois et de sa Région : http://butte-vauquois.fr
– Une video, parmi tant d’autres, ici

Monument aux morts américains du Missouri

En me rendant vers Varennes-en-Argonne, je passe non loin du monument aux morts des soldats américains du Missouri. Un petit crochet pour la photo…

Monuments aux morts américains du Missouri

Ils ne font pas petit, les ricains ! Et attendez de voir celui de Pennsylvanie à Varennes…

En passant…

Image prise en roulant, à l’entrée de Varennes-en-Argonne…

C’est l’heure de la cantine !

Monument aux morts américains de Pennsylvanie

Après celui du Missouri, voici le monument aux morts américains de l’état de Pennsylvanie à Varennes-en-Argonne.

Grandiose, non ?

Varennes-en-Argonne

Varennes-en-Argonne; le nom complet ne vous dit peut-être rien, mais « Varennes » seul vous parle sûrement davantage ! Oui, c’est là que Louis XVI fut intercepté dans sa fuite le 21 juin 1791.


Le temps est redevenu sec mais les chaussées sont trempées, la récolte de la betterave en cours : prudence sur les routes !
Je repars en direction du cimetière américain de Meuse – Argonne, proche du village de Romagne-sous-Montfaucon.

Cimetière américain de Meuse – Argonne

C’est le plus important cimetière américain de la première guerre mondiale.
Plus de 14000 tombes et les noms de plus de 950 disparus.
Que dire de l’endroit ? Impressionnant…

Tous ces jeunes gars (qui ne savaient peut-être pas situer la France sur une carte avant d’y venir) ont laissé leur vie pour le pays. Comme les coloniaux.
Je ressens les mêmes sensations de vertige devant les chiffres et les tombes que celles eues à la Nécropole Nationale de Douaumont…
Pour rester en version américaine, je pars en direction du monument américain de Montfaucon.

Monument américain de Montfaucon

Bâti sur les ruines de l’ancien village de Montfaucon, le monument fait face à la ligne de front de la 1e armée américaine au 26 septembre 1918. A cette date fut donné l’assaut de l’offensive Meuse-Argonne qui durera jusqu’au 11 novembre 1918 et la victoire finale.

La tour fait 60m de haut (et 234 marches pour grimper au sommet 😎 ) et offre une vue magnifique sur les environs. Les couleurs en cette période sont superbes, même sous un ciel peu engageant !

Coup de chance, je suis redescendu au moment où un car lâchait sa horde de collégiens en visite prenant littéralement d’assaut la tour. Ouf !!

La Cote 304

La cote 304 (son altitude) et le Mort-Homme (nom donné suite à la découverte d’un cadavre au XIXe siècle) sont deux collines visées par un nouvelle offensive allemande du 6 au 16 mars 1916.
L’offensive débutée le 21 février 1916 sur Verdun (début de la bataille) ayant été contenue (tant bien que mal…) par les français, les allemands décident donc de passer au Nord et de prendre les positions en hauteur : la cote 304 et le Mort-Homme.
A nouveau ce seront des combats acharnés, des bombardements hallucinants. 120 obus/min sur le Mort-Homme, la cote 304 perdra 12 mètres (cote 292…).
Les allemands prendront les deux positions, au prix de pertes également colossales (70%) mais n’iront pas plus loin. Ce sera le point culminant de leur avancée lors de cette bataille de Verdun à cet endroit. Les positions seront reprises en 1917 par les français.
Près de 15000 français vont y laisser la vie. Une boucherie. Une de plus…

Le monument de la cote 304 est une pyramide tronquée à 4 faces où sont gravés les noms des unités qui y ont combattu. L’épitaphe est simple : « Aux défenseurs de la cote 304, aux dix mille morts héroïques dont le sang imprégna cette terre. »

Il est maintenant, comme beaucoup de sites, en pleine forêt, alors que la zone était dévastée au moments des combats (et après…).

Le Mort-Homme

La position militaire du Mort-Homme au moment de la bataille de Verdun était couverte par l’artillerie située sur la cote 304. Près de 5000 français périront ici lors de l’offensive allemande de mars 1916.

Le monument est un squelette français criant victoire. Effrayant…

En repartant du Mort-Homme, le soleil perce à travers les nuages pour une des quelques rares éclaircies de cette fin d’après-midi. J’en profite …

J’ai pris la direction du PC du Lt-Colonel Driant au Bois des Caures. Je n’avais pu le visiter lors d’une sortie précédente à cause d’une interdiction pour des raisons de sécurité incendie et sanitaire. Peine perdue, le site est toujours interdit… Ce sera pour une prochaine fois !

La Tranchée des Baïonnettes

Monument incontournable du site de Verdun, la Tranchée des Baïonnettes a été construite grâce aux fonds d’un banquier américain pour honorer les héros de Verdun.

Ce banquier avait vu le monument temporaire érigé en 1918 par l’abbé Louis Ratier, brancardier du 137e Régiment d’Infanterie en 1916, qui avait retrouvé des fusils plantés dans la terre, signe de sépulture transitoire faite à la hâte. Ces soldats appartenait aux 137e RI.
Des fouilles entreprises avant la construction du monument ont retrouvé 21 corps. 14 ont été identifiés et reposent à Fleury-devant-Douaumont. Les 7 inconnus ont été ré-inhumés dans le monument.

Abri-caverne des 4 cheminées

Après la Tranchée des Baïonnettes, je suis passé par la Nécropole de Douaumont. Toujours aussi émouvante et majestueuse. Je n’ai pas fait de nouvelles photos, ça suffit 😛 .
Puis je me suis dirigé vers l’abri-caverne des 4 cheminées situé tout proche. Ce sera ma dernière visite de la journée.

Cet abri est une galerie voûtée de 60 m de long faite en briques, creusée sous roc. Il tire son nom des quatre cheminées d’aération qui le surplombent.
Initialement de dépôt de matériel et de munitions, il fut converti en poste de commandement et de secours durant la bataille de Verdun.
Lors de l’offensive du 23 juin 1916, les allemands sont arrivés sur la structure et ont lancé des grenades par les cheminées avant de forcer l’entrée… Ils ont été repoussés au dernier moment. Une attaque par obus aux gaz toxiques fera de nombreuses victimes, beaucoup parmi les blessés, ne disposant de matériel de protection adapté…

Le lieu est à nouveau en pleine forêt, bucolique à souhait… Ce sera ma dernière visite du jour.

Le retour se fera initialement au soleil couchant vers l’Ouest, le soleil encore dans les yeux, comme à l’aller. Il faudra que j’envisage de faire des balades à l’Ouest 😉 !

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La trace du jour
  • Balade de 14h
  • Plus de 600 km parcourus

2 commentaires

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